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Droits fonciers des femmes et risque financier dans les filières cacao
Droits fonciers des femmes et risque financier dans les filières cacao
Le rapport Les femmes, pilier de la production de cacao au Cameroun, publié par CED et FERN, met en lumière une faiblesse structurelle du secteur cacao aux conséquences directes pour les banques et les investisseurs. Les femmes assurent une part essentielle du travail qui soutient la production, mais restent largement exclues de la propriété foncière, du contrôle des revenus et des décisions financières. Cette exclusion n’est pas seulement une injustice sociale : elle constitue un facteur majeur d’instabilité financière et de risque pour les portefeuilles liés au cacao.
Le cacao est présenté dans le rapport comme « une source essentielle de revenus et un levier potentiel d’autonomisation économique et sociale ». Dans la pratique, toutefois, le contrôle de ces revenus est profondément inégal. Lors de la vente du cacao, « ce sont généralement les hommes qui perçoivent les recettes et en assurent la redistribution ». Les femmes ne sont que rarement informées des prix de vente ou des montants réellement perçus et dépendent de transferts partiels destinés aux dépenses du ménage. Cette « forte asymétrie dans la gestion des revenus du cacao » fragilise la planification financière des ménages, limite le réinvestissement productif et accroît la vulnérabilité face aux chocs de prix, augmentant ainsi la volatilité des revenus et le risque de défaut.
Le rapport montre également comment certaines pratiques financières aggravent l’instabilité. Les circuits de commercialisation reposent largement sur des intermédiaires qui proposent des avances en espèces ou en intrants, puis achètent le cacao à des prix fixés unilatéralement. Ce système, s’il permet de faire face à des besoins immédiats de liquidités, maintient de nombreux producteurs — en particulier les femmes — dans des situations d’endettement et de précarité durable, affaiblissant la fiabilité économique des exploitations financées.
Enfin, la terre est décrite comme étant « au cœur de l’accès au crédit, à l’appui technique, aux coopératives, aux programmes de certification et aux marchés ». Or, les droits fonciers des femmes sont rarement reconnus. Cette insécurité foncière les exclut de la finance formelle et concentre l’exposition financière sur un nombre limité d’acteurs, réduisant la diversification et la résilience des portefeuilles d’investissement liés au cacao.
Pour les banques et les investisseurs, ignorer les droits fonciers des femmes revient à amplifier le risque systémique. Reconnaître les femmes comme détentrices de droits fonciers et comme actrices économiques à part entière n’est pas seulement une question de genre : c’est une condition essentielle pour réduire le risque de défaut, stabiliser les revenus et protéger la valeur à long terme des portefeuilles.